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"Aider les familles et amis de malades psychiques"
UNION NATIONALE DE FAMILLES ET AMIS DE PERSONNES MALADES ET/OU HANDICAPEES PSYCHIQUES
UNAFAM
- UNAFAM - Délégation Aude 11 - Languedoc Roussillon -
-Association reconnue d'utilité publique-
   
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QUELQUES ACTUALITES NATIONALES CONCERNANT LES MALADIES PSYCHIQUES

visibles sur les sites des délégations UNAFAM 02 - 11 - 16 - 17 - 19 - 21 - 23 - 30 - 34 - 39 - 41 - 48 - 58 - 66 - 71 - 80 - 84 - 87 - 89 - 972

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Portrait deJosette Van de Kerkove, 51 ans, infirmière psychiatrique in 3 octobre 2005

Josette Van de Kerkove, 51 ans, infirmière psychiatrique en unité pour malades dangereux. En grève de soutien à ses collègues qui passent en conseil de discipline. "Portrait" dans le journal "Libération" du 26 septembre 2005 Par Anne DIATKINE


SUITE DE L'INFORMATION

Ultime garde-fou Elle a choisi de travailler «au bout du maillon». Elle dit : «Après nous, il n'y a rien.» Elle le dit joyeusement : «C'est extraordinaire lorsqu'on parvient à ce que quelqu'un de totalement disloqué, retrouve figure humaine.» Sur sa blouse, comme sur celle de tous ses collègues, il y a écrit au feutre rouge et en petits caractères : «En grève». Comme les autres, elle est à son poste. «On ne peut pas abandonner les malades à eux-mêmes. Faire grève consiste à bloquer les admissions.» Josette Van de Kerkove est infirmière psychiatrique à l'unité des malades difficiles (UMD) de Henri-Colin, au centre hospitalier Paul-Guiraud de Villejuif. «Malades difficiles» est un euphémisme pour qualifier des personnes qui ne peuvent rester ni en prison ni en service psychiatrique de secteur, en raison de leur dangerosité pour eux-mêmes ou pour les autres. Autrefois, on disait aliénés criminels. Infanticides, meurtriers, cannibales, violeurs : «Il y a foule pour aller à Henri-Colin, depuis la suppression des lits en hôpitaux psychiatriques et en raison de la difficulté de soigner en prison les détenus avec des troubles mentaux ingérables.» Les patients hospitalisés à l'UMD il y en a quatre en France ont pour point commun d'être passés à l'acte. « La souffrance est immense lorsque le traitement médicamenteux fait tomber le délire, et que le malade reprend contact avec la réalité. Ne serait-ce que la semaine dernière, on a retrouvé une mère infanticide, toute bleue. Elle tentait de s'étrangler avec son slip.» L'unité est en grève pour s'opposer aux sanctions qui menacent cinq infirmiers, traduits devant le conseil de discipline le 27 septembre. Il leur est reproché d'avoir laissé s'évader un patient. Qu'ils ont réussi à rattraper dans l'autobus... «Mais si les portes étaient solides, les malades ne fugueraient pas. Ici, ce qui nous semble étrange, c'est que tous ne s'enfuient pas», fait remarquer malicieusement Josette Van de Kerkove. L'infirmière entame la visite de l'unité. En travaux depuis deux ans, celle-ci n'avait pas été réhabilitée depuis 1910. Au dire de toute l'équipe, la nouvelle configuration est une catastrophe. Les bâtiments refaits sont pourvus de portes en plastique dont la serrure casse au moindre coup de pied. Les arbres ont été déracinés. Les patients prennent l'air dans de petites cages ouvertes sur le ciel. Josette remarque : «Dans l'ancienne structure, ils disposaient d'un parc. Ce sont des femmes et des hommes jeunes. Ils ont besoin de bouger, pour canaliser un peu de leur violence. J'ai des souvenirs de parties de badminton formidables avec des patientes !» Josette ouvre les portes des chambres. Le lit est scellé et le judas est placé au centre du miroir de chaque salle d'eau. «Comme pour donner raison au paranoïaque ou au schizophrène qui craint qu'on ne lise dans ses pensées.» Quand les chasses d'eau sont tirées, il n'est pas rare que le contenu remonte dans les douches. «L'été, c'est invivable. On passe nos journées et nos nuits avec de grands délirants qu'on tente de familiariser avec le respect de leur propre corps et de la propreté.» Elle constate : «On travaille sur l'autonomie et l'hygiène, on leur apprend à distinguer le linge sale du linge propre, mais les malades n'ont pas le moindre espace pour ranger leurs affaires personnelles.» L'infirmière masque sa colère, sous de l'ironie. «L'architecte nous a fait savoir qu'une fois finie, l'unité serait très harmonieuse... vue d'avion.» Josette Van de Kerkove est petite et mince. Ce n'est pas avec ses gros bras qu'elle désamorce la violence. Lorsqu'elle a passé son diplôme en 1986, l'antipsychiatrie avait encore le vent en poupe. «Quand j'ai débuté, les électrochocs n'étaient pas du tout à la mode. Depuis, on les a rebaptisés sismographie, et c'est devenu un soin tout à fait banal, fait sous anesthésie générale, qui peut marcher ou non, avoir de bons résultats ou pas, sans que personne ne puisse expliquer son fonctionnement.» Elle a l'impression que la psychiatrie a voyagé cinquante ans en arrière, même si plus aucun malade ne passe sa vie entière à l'asile. «Au contraire, on les éjecte un peu trop rapidement pour faire du chiffre.» Mais c'est dans leur manière d'appréhender la folie, que la médecine et la société lui semblent avoir le plus régressé. «On nous demande de plus en plus d'être des gardes-chiourmes, en oubliant que nous sommes des soignants.» Josette poursuit : «Auparavant, les serrures n'étaient pas notre préoccupation première. Le médecin chef qui d'ailleurs vient d'être remercié, le docteur Kottler, nous encourageait à organiser des activités de cuisine ou lecture, pour les malades qui ne pouvaient pas sortir de leur pavillon, ce qui est impossible actuellement faute de lieu. Ça n'a l'air de rien, mais faire la cuisine signifie, se laver les mains, concevoir, partager, expérimenter des recettes pour d'autres malades, comme les diabétiques par exemple. Pour certaines personnes qui ne pouvaient pas du tout toucher les aliments, ou qui avaient peur d'être empoisonnées, c'était extraordinaire.» Aujourd'hui, la cuisine exiguë rend cette activité impossible. Josette se souvient : «Je me suis beaucoup battue pour l'activité lecture qui n'était pas censée intéresser les grands malades. De fait, le succès était tel qu'on était obligé de refuser du monde. On lisait, dès qu'on ne comprenait pas un mot, on cherchait son sens dans le dictionnaire. On plaisantait avec les malades ! Le rapport de force était mis entre parenthèses.» Actuellement, Josette travaille au pavillon 37, qui accueille une vingtaine d'hommes. «Ils savent qu'ils sont plus forts que moi. Ils entrent plus rarement en compétition physique que les femmes. N'empêche qu'on vit huit heures par jour avec le risque que tout d'un coup, ça vire au pugilat. Pour que la parole soit calmante, il faut déjà avoir établi une situation de confiance qui est toujours fragile.» Elle dit que pour supporter cette violence continuelle et peu reconnue, les coups reçus comme autant de risques du métier, les infirmiers de l'UMD sont soudés comme aucune équipe ailleurs. Elle ne parle jamais de l'UMD avec son mari, et ses deux fils. «J'ai une double vie.» Elle habite à 200 kilomètres de son lieu de travail. «Tous les jours après l'hôpital, je pars avec ma dalmatienne faire une immense balade en forêt me remettre des chocs de la journée.» Elle se lève à trois heures et demie du matin, dépense une bonne partie de ses 2 200 euros mensuels, toutes primes comprises, en essence et en voiture : «Ça peut sembler aberrant, mais j'ai besoin de ce sas.» Josette a quitté l'école après le brevet. Des parents paysans. «Dans ma famille, on ne faisait pas d'études.» Elle a été un an bonne à tout faire, a vaguement envisagé d'être conductrice de poids lourds. Après un divorce, elle devient ambulancière : «Je faisais du rapatriement sanitaire.» C'est ce qui lui donne envie d'entamer des études d'infirmière psychiatrique. Josette détesterait travailler à l'hôpital général. «Faire vingt perfs à la file, très peu pour moi.» Elle explique : «A l'UMD, on met quatre jours à expliquer à un malade qu'on va lui faire une prise de sang. On attend qu'il nous fasse confiance. Qu'il cesse de croire qu'on cherche à l'empoisonner. Et un jour, il nous lance : "C'est quand ma prochaine prise de sang ?"» Elle interroge : «Vous ne trouvez pas ça, gratifiant, vous ?»

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